« Le mot coréen Mukbang est un amalgame des termes « manger » (mukda) et « diffusion » (bangsong). Il désigne une pratique provenant de la Corée du Sud qui consiste à avaler des quantités phénoménales de nourriture devant la caméra. En anglais, on peut le traduire par « eating show ». »
Kim est une jeune fille plutôt solitaire, depuis que sa mère lui a dit qu’elle lui faisait peur, elle a construit une forteresse autour d’elle rejetant même sa cousine et seule amie Jen. Elle découvre l’Écran, ce si fidèle ami de la solitude, devient très vite complètement accro, et se décide à devenir youtubeuse, laissant même son travail à la pharmacie pour s’y consacrer à temps plein. Elle crée sa chaîne bien-être où elle donne des conseils fitness et nutritionnels, sous l’œil attentif de sa gourou, Morphea (personnage/entité récurrente dans le roman). C’est lorsqu’elle se met au Mukbang que les choses tourneront mal pour elle, et ensuite pour ses proches, sur fond d’addiction…
Vraiment vraiment une belle lecture, que j’ai adorée! (Souvenez-vous de ça quand je vais parler de mes points négatifs tantôt…) Les personnages sont profonds et intéressants, Demeule nous fait glisser dans une narration à relai où l’on se retrouve dans leur tête les uns après les autres, avec quelques chevauchements de temporalité très bien orchestrés. Elle exploite aussi plusieurs styles d’écriture: cinématographique, listes, recette, mode d’emploi, etc. Ça fait un roman super dynamique qui nous transporte d’une émotion à l’autre sans qu’on s’y attende. J’ai aimé que l’autrice me plonge dans le monde des influenceuses, j’en ai pas lu beaucoup… et en plus l’histoire ramène au thème de l’addiction et de la peur, sous plusieurs formes. Dernière chose, beau petit clin d’œil à Psychose de Hitchcock (je dirai pas pourquoi) et belle intrusion du fantastique (je dirai rien!). Bon, là où ça m’énerve, c’est encore la pauvre fille piteuse qui aime pas son corps et qui veut le contrôler en essayant toutes sortes de cochonneries… je sais qu’il faut en parler, mais je veux des femmes fortes qui en parlent, pas des désaxées sociales ou des usurpatrices d’identité… Je trouve aussi qu’il y avait un espèce de jugement envers sa personnage principale qui donnait l’impression qu’elle la méprisait, c’était une bizarre de sensation, comme si elle snobait sa thématique et qu’elle voulait faire la morale aux lectrices, défaut qui se résorbe dès qu’on entre dans la peau d’autres personnages.
Et aussi, les mautadines de codes QR tout au long du livre, ça m’intéresse pas moi de lire avec mon téléphone dans les mains, pis je m’en tape de la photo du Mac bleu et blanc, je lirai des albums si je veux voir des illustrations. J’imagine qu’elles se sont trouvées ben hot en ajoutant des memes pis des vidéos pis des sites web pis des photos, mais moi ça m’a fait chier plus qu’autre chose. Surtout que j’ai pas trop compris la logique de ce qu’elle a mis en codes QR versus ce qu’elle a pas mis. J’en ai regardé 7-8 après ma lecture, et j’ai trouvé ça poche. Big fail pour moi… Mais bon, ils sont juste là, et on peut juste les oublier… et c’est un bon livre, vous avez pas oublié j’espère…
Mukbang
Fanie Demeule
Tête première
213 pages
2021
https://tetepremiere.com/livre/mukbang/
