Le quotidien de Defred est monotone et triste. En tant que servante écarlate, elle ne sert qu’à une chose, procréer. Comme toutes les autres femmes de la maison, qui n’ont aussi qu’une seule utilité pour le Commandant. Outre quelques cérémonies religieuses fanatiques, Defred se remémore son passé et les événements qui ont mené à cette nouvelle vie. C’est lorsque le Commandant va lui demander de jouer une partie de Scrabble avec lui que son quotidien commencera à changer, et qu’elle aura accès à ce qui se passe en dehors de ses activités habituelles.
J’avais hâte de lire cette dystopie de Margaret Atwood, et je n’ai pas été déçues, loin de là. Je me demande ce que toutes ces lectrices aiment de la Dark Romance quand il y a des livres comme La servante écarlate qui traînent dans toutes les librairies et bouquineries… À mesure que le quotidien de Defred se dévoile, on découvre des cérémonies vraiment dérangeantes où l’Épouse regarde le Commandant dans les yeux pendant qu’il baise en levrette Defred, l’Épouse feinte les douleurs de l’accouchement pendant que sa servante met au monde son enfant. On découvre tranquillement ce qu’est devenu le monde: baisse de fertilité, mutations, radiations, etc., sans jamais que Atwood tombe dans des descriptions interminables souvent typiques de la SF. De plus, Defred nous fait revivre tout ce qui s’est passé pour qu’elle en arrive à cette position de servante. Un livre qui nous rappelle, surtout en tant que femme, que nos libertés sont précieuses et qu’il faut continuer à se battre pour elles. Deux passages vraiment troublants me restent de cette lecture.
« Vous êtes une génération de transition, disait Tante Lydia. C’est pour vous que c’est le plus dur. Nous savons que les sacrifices sont attendus de vous. C’est dur quand les hommes vous humilient. Pour celles qui viendront après vous, ce sera plus facile. Elles accepteront leurs devoirs de bon cœur.
Elle ne disait pas: parce qu’elles n’auront pas de souvenirs, de quoi que ce soit d’autre.
Elle disait: parce qu’elles ne désireront pas ce qu’elle ne peuvent pas avoir. »
« Nous leur avons donné plus que nous ne leur avons pris, disait le Commandant. Pensez aux ennuis qu’elles avaient avant. Avez-vous oublié les bars pour célibataires, l’indignité des rendez-vous bouche-trou avec des collégiens inconnus? Le marché de la viande. Avez-vous oublié le terrible fossé entre celles qui pouvaient facilement trouver un homme et celles qui ne le pouvaient pas? Certaines étaient réduites au désespoir, elles se laissaient mourir de faim pour devenir minces, ou se gonflaient les seins de silicone, se faisaient couper le nez. Pensez à cette misère humaine. »
La servante écarlate
Margaret Atwood
Pavillon Poche – Robert Laffont
538 pages
1985
https://laffont.ca/livre/la-servante-ecarlate-9782221203323/
